Autorisation de publication sur internet accordée à la Mairie de Lanildut en mars 2005
par l'auteur, M. Michel LE GOFFIC.
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Mise en ligne : Cercle d'histoire locale de Lanildut

Canons de pierre :
ornements et leurres à Lanildut et au Conquet

par Michel LE GOFFIC, Archéologue départemental


       Au moyen âge, là où il n’existait pas de châteaux forts, ce sont des églises qui ont été fortifiées pour résister à des raids, surtout au XV e siècle, pendant la guerre de cent ans. C’est ainsi que certaines tours d’églises sont très massives et comportent des meurtrières comme à Regneville-sur-mer dans la Manche, d’autres sont cernées de murailles avec créneaux et mâchicoulis comme à Prat-de-Mollo (Arles-sur-Tech) et d’autres possèdent des galeries qui pouvaient recevoir des canons. Les vrais canons de bronze qui dissuadaient les assaillants mais qui étaient fort coûteux et difficiles à mettre en œuvre ont été vite remplacés par des leurres en pierre aux quatre coins des sommets des tours et parfois au milieu des côtés. Ces fûts de pierre imitent parfaitement les canons et il n’est pas rare d’y remarquer le boulet comme à Roscoff.
       Dès le début du XVII e siècle le canon de pierre est intégré dans de nombreuses architectures sous forme de crossette ou de gargouille. Ainsi sur l’église du Faou le sommet de la tour est orné de quatre canons-crossettes en pierre tandis qu’au chevet de l’église ce sont des canons-gargouilles en plomb en forme de couleuvrines qui évacuent l’eau des chéneaux de la toiture du chœur. Les exemples de canons-crossettes au sommet et aux angles des tours d’église sont nombreux et l’on peut citer de mémoire ceux de l’église de Commana et de Plounéour-Ménez, sa copie conforme, ceux de Taulé, Lampaul-Ploudalmézeau, de la chapelle Sainte Marie du Ménez Hom etc. En ce qui concerne les clochers ornés de canons, le lecteur se reportera avec intérêt à l’article de J. Gury (1).
       Ce qui est moins fréquent, c’est d’observer des canons de pierres à l’angle des murs d’un édifice particulier. Le cas de la maison du XVII e siècle du centre-ville de Metz, ornée de pilastres ioniques et corinthiens et comportant des gargouilles en forme de canons est bien connu, mais celui de Lanildut que nous a fait découvrir M. Jos Saliou l’est beaucoup moins. L’édifice du XVII e siècle dont la date de 1624 est gravée sur le pignon regardant l’aber montre à l’angle du pignon sud et de la façade est un canon-crossette qui nous semble bien être un leurre car il ne participe guère à l’ornementation du bâtiment qui est, du reste, d’architecture fort simple et dénuée de toute décoration. D’autres canons ont été repérés aussi au Conquet, près du port, 23 quai du Drellac’h ou une maison à portes géminées au rez de chaussée et escalier extérieur possède deux crossettes de rampant en forme de canons à fût octogonal dont l’un est renforcé d’une bague médiane ; une autre bâtisse du Conquet, rampe Lombard pointe aussi en haut d’un de ses rampants un canon de pierre. Dans ces deux derniers cas les crossettes de rampant sont visibles, sinon de la mer, du moins du port.

(1) Jacques GURY, 1979 – L’artillerie des clochers bretons. Les cahiers de l’Iroise, juillet-septembre 1979, p ; 146-149.

Michel LE GOFFIC, Archéologue départemental

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