L'ABER-ILDUT
Sa vallée, son bassin, ses moulins
Jean LESCOP - 1991


Autorisation de publication sur internet accordée par l’auteur à la Mairie de Lanildut en juin 2002
Texte intégral. Tous droits réservés. Mise en ligne : Cercle d’histoire locale de Lanildut.

(Articles publiés dans “Saint-Renan Actualités” N° 181, 182, 183 en 1991)

Son histoire :

En 1923, le géographe René Musset écrivait dans un article consacré à la formation des cours d'eau de l'Aber-Vrach et de l'Aber-Benoît : "On passe semblablement de l'Aber-Ildut supérieur à la Penfeld, dans la région entre Guilers et Saint-Pierre Quilbignon, mais ici le cours supérieur du fleuve primitif n'est plus visible, l'envahissement de la Rade de Brest par les eaux marines l'ayant supprimé... “. La notion de vallée morte au Nord de Saint-Pierre était donc exprimée.

En 1934, dans un article consacré, cette fois, à la "formation du réseau hydraulique de la Bretagne", il y revenait : "La Penfeld, coulant en sens inverse, de son cours actuel, se prolongeait par l'Ildut...”.

En 1937, un autre géographe André Guilcher se consacrait spécialement à cette vallée Penfeld-Aber-Ildut et étudiait le seuil séparateur, situé au lieu-dit Castel an Daol à Guilers, vers 41 m d'altitude et à 50 m en contre-bas des plateaux encadrants. Il montrait que l'ancien cours d'eau s'accompagnait de terrasses avec dépôt de galets, s'élargissant dans la
région de Saint-Renan, avant de se rétrécir en s'encaissant plus en aval, sous l'effet d'une roche plus dure.

> Voir la carte du cours supérieur de l’Aber-Ildut

En 1961, le même auteur en association publiait un mémoire beaucoup plus détaillé, qui avait été élaboré grâce à des forages effectués, par le BRGM et la Compagnie Minière de SAINT-RENAN (CO MI REN), dans les marais de SAINT-RENAN en vue de l'exploitation d'alluvions qui se révélaient riches en cassitérite. L'étude ouvrait donc des perspectives nouvelles sur la connaissance de la vallée de l'Ildut. Le remblaiement alluvial reposant sur les arènes résultait de l'altération du granite de Saint-Renan. Hypothétiquement ce remblaiement était attribué à la dernière période froide du quaternaire, il y a environ 70 000 à 15 000 ans.

Après l'épuisement du gisement d'étain, les sondages en amont de Saint-Renan, dans la région de Lanninguer et de Castel an Daol sur Guilers, révélèrent quant à eux que les alluvions étaient caractérisées surtout par l'abondance de galets de grès armoricain et de quartzite, ne pouvant provenir que de la rade de Brest. L'hypothèse d'un bassin versant s'étendant primitivement jusqu'à la presqu'île de Crozon et la Montagne Noire, se trouvait ainsi confirmée, et l'analyse des pollens et des micro-organismes présents dans ces formations allait permettre de les dater de l'Olligène inférieur (30 millions d’années).

Il est donc bien établi désormais que la vallée morte de l'Aber-Ildut n'est plus empruntée depuis 30 millions d'années, par les eaux des rivières qui ont évidé la rade de Brest.

Il est également certain que la mer a encore envahi plusieur fois la vallée jusqu'à l'altitude 35 (au-delà de Bodonou), au cours du Néogène, soit entre 4 et 3 millions d'années et que c'est à cette période que ce sont mis en place les sables et les galets marins effleurant les abords du seuil de Castel an Daol.

On sait aussi qu'au début du Quaternaire, qui a commencé il y a 5 millions d'années, la mer remontait encore à la côte 25 au moins, c'est à-dire à Saint-Renan. Aujourd'hui l'aber-estuaire de l'Aber-Ildut mesure environ 5 kilomètres, de Pont-Reun à la Pointe du Crapaud.

Fleuve puissant, il y a 30 millions d'années, l'Aber-Ildut perdait donc son importance, par l'affaissement du Goulet et l’envahissement de la rade de Brest par les eaux marines. La Penfeld, l’Elorn, l'Aulne et toutes les rivières alimentant la rade, voyaient leurs cours déviés vers le Goulet et le Passage d'Iroise. L'Aber-Ildut, devenue modeste rivière, ne mesurait plus que 25 km environ, avec son origine près de Coatuélen Plouzané.

L'histoire de sa vallée s'est poursuivie avec l'apparition de l’homme : des objets récoltés par la COMIREN prouvent que le site fut déjà exploité pour son étain, dès l’âge du bronze (1 500 à 625 avant J. C.).


Nouvelle évolution (dûe à l'homme).

Son débit allait encore diminuer en 1886, lorsque son cours supérieur fut détourné, au sud de Castel an Daol, par un canal artificiel atteignant parfois deux mètres de profondeur, vers le ruisseau de Pont-Cabioch. Le but recherché était d 'augmenter le débit de ce ruisseau qui alimentait l'étang de Villeneuve, afin d'accroltre la capacité du moulin actionnant les forges de Villeneuve et les premières dynamos fournissant l'électricité à l'arsenal de Brest.

Ce détournement eut plusieurs conséquences : la source principale de l’Aber-Ildut était désormais, celle de la rivière de Kerverrien, située au Nord du bourg de Plouzané, (Godomès) - la haute vallée devenait un
vaste marécage spongieux que les chasseurs désignaient sous l'appellation de "Russie" ou "Petite Russie" - le moulin de Coaténès, situé a l'est du manoir, cessa son activité, le moulin de Pont-Corf, qui jusqu'alors fonctionnait avec trois paires de meules fut réaménagé pour tourner avec une seule paire, puis utilisé jusqu’à 1939 pour la production électrique, avant de se transformer en scierie à bois qui marqua la naissance des "Etablissements Castel Bois". A noter que les meuniers furent indemnisée pour le préjudice subi.


Bouleversement de la vallée.

Cette vallée, creuse de plus de 60 m, allait connaître une profonde transformation à partir de 1960, par l'exploitation d'étain de la COMIREN poursuivie depuis par l'extraction de sable et de gravier en amont de SAINT-REMAN.

L’aventure a commencé en 1957, lorsque les prospecteurs à la recherche d'uranium découvrent une importante minéralisation en étain dans les marais de SAINT-RENAN, baignés par l’Aber-Ildut. L'exploitation, commencée en 1960, s'est étendue sur 7 km environ, de Ty-Colo à Lannéoun et sur l'affluent de Pont l'Hôpital, pour une largeur maximale de 600 m et une profondeur pouvant atteindre 8 à 10 m. Elle durera 15 années, avec un effectif moyen de 130 personnes, travaillant en trois postes de 8 heures, dont le salaire a pesé favorablement dans la balance sociale et économique de la région. La compagnie a traité en moyenne 700.000 m3 d'alluvions par an. Ce qui à donné 500 T de minerai l’an, d'une teneur exceptionnelle, de 74 % d’étain, sans oublier des millions de m3 de sable et de gravier utilisée en Travaux Publics.

L'étain était séparé de sa gangue par lavages successifs, sur des tamis de plus en plus fins.

Autres résultats non négligeables de l'opération : l'assainissement des vasières de la vallée de l'Ildut, tant en amont qu'en aval de Saint-Renan. Les parties non reconstituées sont devenues des lacs : 7, au total - Trégorf - Ty-Colo - Comiren - Tréoualen - Mézanostis - Poulinoc -Lanneon - Lokournan-Vian ; dont un seul aménagé : "Ty-Colo". Les parties reconstituées ont été ensemencées ou livrées à la construction immobilière ou à l'aménagement d'espaces verts et de zones de loisirs.

Saint-Renan est fière d'avoir été à l'occasion "Capitale Européenne de l'Etain" : la "rue de l'Etain" perpétue le souvenir de l'aventure.

Après l'épuisement du gisement d'étain en 1975, la COMIREN a pris le nom de "Société Intermines", puis SIMURA aujourd'hui. Celle-ci poursuit son activité, produisant uniquement du sable et du gravier, en amont de la commune de SAINT-RENAN, sur le site de Bodonou à Plouzané et à Guilers. Ici aussi quelques lacs subsisteront après la reconstitution des sols de la vallée.

Il ne reste qu'à souhaiter que tout cet espace exploité et assaini devienne un plus économique pour la région, par des aménagements appropriés favorisant le tourisme, les loisirs, la promenade et protégeant l'environnement... Et, pourquoi pas un jour..., une coulée verte de Lanildut à Sainte-Anne du Portzic par cette vallée, avec des antennes vers le site de Saint-Eloi, Lanrivoaré par le "Petit-Huelgoat", Milizac par la vallée des Seigneurs du Curru, Guilers et Penfeld par Keroual... Les points d'intérêts existent... Plusieurs kilomètres de cheminement piétonnier avec liaisons possibles, sont déjà en place. Elle sera une variante du sentier de grande randonnée (GR) qui ceinturera prochainement la côte du Léon, de Brest à St Pol de Léon et une composante du schéma de développement du tourisme du Pays d'Iroise.

> Suite : les moulins de l'Aber-Ildut

Jean LESCOP - 1991


Autorisation de publication sur internet accordée par l’auteur à la Mairie de Lanildut en juin 2002
Texte intégral. Tous droits réservés. Mise en ligne : Cercle d’histoire locale de Lanildut.

(Articles publiés dans “Saint-Renan Actualités” N° 181, 182, 183 en 1991)